La première boucle est réalisée par Adolphe Pégoud à bord de son Blériot XI au mois de septembre 1913. Elle préfigurait l’art de l’acrobatie aérienne.

Mais ce sont les pilotes, initiés à l’art d’évoluer dans la troisième dimension à partir de la première guerre mondiale, qui donneront naissance au vol en patrouille !

Nous ne pouvions pas aborder l’histoire de notre prestigieuse formation sans rendre un vibrant hommage aux pères de la Patrouille de France, nos aînés qui nous ont légué l’esprit et les traditions de la grande Dame.

Jean Vilain, ailier du commandant Delachenal, leader de la patrouille 1953, nous confie que « Le vol en patrouille réclamait une synchronisation parfaite jusqu’à incarner l’élégance par un vol harmonieux et majestueux ».

Après les essais de Pégoud, Domenjoz et Perreyon, en novembre 1913, à Buc (78), à bord de Blériot XI, la première patrouille recensée est la patrouille d’Etampes. Elle comprend trois Morane Saulnier MS-230. Elle est crée en 1931 par un groupe de moniteurs de l’Ecole de perfectionnement au pilotage, sous les ordres du capitaine Amouroux. Le fruit de leur travail est récompensé par leur participation aux meetings nationaux et internationaux.

Dès 1934, une autre formation se constitue sous les ordres du capitaine Weiser, à Dijon. La particularité de la patrouille « Weiser », ou « Cirque Weiser », est de voler les avions attachés entre eux par des cordes. Equipée de Morane Saulnier MS 225 et de Spad 510, elle mettra en œuvre jusqu’à 18 appareils.

La patrouille d’Etampes rejoindra la base de Salon de Provence en 1937 sous la dénomination de « Patrouille de l’Ecole de l’air ».

Après la Deuxième Guerre mondiale, le capitaine Perrier, vétéran de la Patrouille d’Etampes, forme la « Patrouille de Tours » composée de 12 Stampe SV4C, en 1946. Cette dernière retourne à Etampes en 1947 et se voit confier le nom « d’Escadrille de Présentation de l’armée de l’air » par le ministère de l’Air.

Depuis lors, les patrouilles acrobatiques font florès avec la création d’une patrouille de Vampire par la 2e escadre de chasse de Dijon, en 1950, imitée par la 4e escadre de Friedrichshafen (Allemagne) en 1951. La 3e escadre, quant à elle, crée une patrouille de 4 F-84 G « Thunderjet » à Reims en 1952.

Naissance du patronyme

De toutes ces patrouilles, c’est la 3e escadre du commandant Delachenal qui aura l’honneur d’être baptisée du nom de « Patrouille de France ». Ce patronyme est attribué à Jacques Noetinger, commentateur du meeting d’Alger le 17 mai 1953, lequel clama devant le public « Mesdames, messieurs, la Patrouille de France vous salue ! ». Le 14 septembre de la même année, l’état-major entérina le nom.

Ces quatre pilotes seront félicités par M. René Pleven, ministre de la Défense nationale et des forces armées, à l’issue de leur démonstration au meeting du Bourget.

La Patrouille de France est confiée successivement à la 2e escadre de Dijon sur Ouragan, premier avion de chasse français en 1954, puis à la 12e escadre de Cambrai en 1955 et 1956 sur Ouragan et Mystère IVA, à la 4e escadre de Bremgarten (Allemagne) en 1956 sur Ouragan, à la 2e escadre de Dijon de 1957 à 1961 sur Mystère IVA et, enfin, à la 7e escadre de Nancy en 1962 et 1963, toujours sur Mystère IVA.

L’année 1956 est une date marquée par les premiers meetings de la Patrouille de France à l’étranger.

En 1957, les mécaniciens de cette patrouille procèdent à l’installation du premier pod fumigène. Les pilotes s’exerceront ainsi à des lâchers de fumigènes de couleur rouge, puis de couleur tricolore dès 1958.

Il faut rendre hommage à ces pionniers de la voltige aérienne qui ont perpétué les traditions de la Patrouille de France. Ils se sont entraînés à voler en patrouille au sein de leurs escadres respectives afin de répondre à la mission de représentation qui leur incombait, souvent en dehors de leurs heures de travail. Le fruit de leur entraînement a favorisé la connaissance de l’aéronautique française en France et à l’étranger.

La mission de représentation se professionnalise

La Patrouille de France reçoit de nouvelles directives à partir de 1959. Désormais, la mission de la 2e escadre de Dijon, dotée de 12 Mystère IVA, est presque exclusivement dévolue à l’entraînement de la Patrouille de France.

A la demande du général de Gaulle, Président de la République, la Patrouille de France l’accompagnera lors d’une grande tournée dans les territoires de l’ex-Afrique Occidentale Française, en décembre 1959. La Patrouille visitera le Sénégal, le Mali, ainsi que le Niger.

En janvier 1964, la Patrouille de France est dissoute à la suite de restrictions budgétaires. Or, l’Ecole de l’air de Salon de Provence disposait de sa propre patrouille depuis 1937. Cette « Patrouille de l’Ecole de l’air », évoluant parallèlement à la Patrouille de France, donne l’occasion à l’état-major de pérenniser la Patrouille de France.

C’est M. Pierre Mesmer, ministre des Armées, qui officialise cette « seconde naissance » en février 1964. Dès lors, la Patrouille de France stationnera sur la base de Salon de Provence et elle sera équipée d’une nouvelle flotte de onze CM 170 « Fouga Magister ».

La qualité des démonstrations de la Patrouille de France lui permette déjà de rivaliser avec celles des patrouilles italiennes et anglaises.

Les schtroumpfs

Pour l’anecdote, à l’occasion d’un vol en 1964, la fumée bleue de l’extérieur droit se répandit en gouttelettes dans la cabine au lieu de s’évacuer vers l’extérieur par le réacteur. Le pilote descendit de son appareil tout de bleu vêtu. Le concept de « schtroumpf » était né. Il désigne aujourd’hui les trois nouveaux pilotes qui intègrent la Patrouille de France chaque année.

Début de la médiatisation de la grande Dame

Le chanteur vedette Julien Clerc et la « speakerine » de télévision Denise Fabre ont le privilège de voler avec la Patrouille de France en 1968 et en 1969.

A la demande expresse du roi Hassan II, la Patrouille de France effectue une présentation au-dessus du Palais royal à Marrakech en 1975. En 1976, elle participe au meeting de Duxford où elle est présentée à Lord Mountbatten.

Le Fouga Magister, qui émerveilla les foules durant les années 1970 en raison de sa présence soutenue devant le public, cède sa place à l’Alphajet en 1980. Cet avion d’entraînement avancé à la chasse va offrir à la France un rayonnement plus important hors de nos frontières, notamment grâce à une plus grande autonomie de vol.

En 1981, la Patrouille de France vole pour la première fois en patrouille avec le Concorde lors du meeting de la base de Colmar.

Les tournées à l’étranger

Les huit Alphajet de la Patrouille de France représenteront la France au cours d’une tournée aux Etats-Unis et survoleront, sous les yeux des Présidents américains et français, la « Statue de la Liberté », œuvre du sculpteur Bartholdi et de Gustave Eiffel pour la structure interne, au-dessus New-York, en 1986.

La Patrouille de France prêtera son image à des parrains exceptionnels dès 1988, et c’est Michel Drucker, parrain en 1990, qui s’attachera à faire connaître cette prestigieuse unité de l’armée de l’air, notamment lors de ses émissions de télévision.

A la demande de plusieurs hautes autorités de l’Etat, la mission de la Patrouille de France a revêtu un caractère diplomatique lors de ses tournées en Asie en 2004, en Amérique du Sud et aux Antilles en 2009.

Première femme Leader

Pour la première fois en 2010, une femme, le commandant Virginie Guyot, devient leader de la Patrouille de France.

L’année 2012 a été marquée par la réalisation du film des 60 ans de la Patrouille de France produit par l’équipe d’Airborne films. Ce chef-d’œuvre rend hommage à la Grande Dame aux côtés de nombreux symboles français.

Meeting du 60ème anniversaire

120000 personnes étaient au rendez-vous à l’occasion du meeting anniversaire organisé sur la base de Salon-de-Provence, les 25 et 26 mai 2013. Cet événement a été retransmis pendant plus de trois heure en direct sur France 2.

En célébrant son soixantième anniversaire, cette ambassadrice de l’armée de l’air a témoigné de la fraternité d’hommes et de femmes n’ayant eu de cesse de se dépasser pour réaliser une mission exaltante. Elle perpétue les traditions des pionniers de l’aviation en déployant l’excellence des ailes françaises de par le monde.

Nous n’oublions pas ceux qui ont donné leur vie pour notre belle patrouille.

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